De la Terre à la Lune

1. Le projet de Jules Verne : Aller sur la Lune

1.1 Essor de l’astronomie

L’astronomie est une des sciences les plus populaires de la deuxième moitié du XIXème.  On découvre par exemple en 1846, la  planète  Neptune à l’emplacement  indiqué  par  les  calculs  de  Leverrier ( astronome français du XIXème siècle) . François Arago, que Jules Verne connaît, et dont il fait figurer les œuvres dans la bibliothèque du captinaine Nemo dans son roman intitulé « Vingt mille lieues sous les mers », contribue aussi à l’essor de l’astronomie. Il publie quatre volumes de son Astronomie populaire en 1854 et 1857.

1.2 Le mythe de la Lune dans la littérature

Au début du XVIIème siècle, Kepler, astronome allemand, écrit « le Songe », il crée un personnage transporté en rêve jusqu’à la Lune où il trouve là-bas un peuple de démons. Kepler qui est aussi un grand astronome, se sert de cette œuvre de fiction dans le but de partager ses connaissances et d’argumenter en faveur de la thèse de Copernic sur le mouvement de la Terre.

Un autre récit lunaire de l’époque, intitulé « Etats et empire de la Lune », est écrit par Cyrano de Bergerac. Le personnage s’envole jusqu’à la Lune en attachant autour de lui des fioles remplies de rosées, qui ont été attirées par le Soleil. Il trouve sur la Lune une civilisation d’êtres qui paraissent humains, mais dont les mœurs sont le contraire de ceux de l’homme. Ce récit a lui été écrit dans une visée philosophique, afin d’établir la critique des préjugés européens ainsi que de l’intolérance religieuse de l’époque.

Jules Verne, deux siècles plus tard, va reprendre la méthode de Kepler et Bergerac pour exposer des faits scientifiques sur la Lune. L’intrigue de son roman De la Terre à la Lune est complètement orientée vers la communication de données brutes sur la Lune.

La Lune n’est accessible à cette époque qu’à travers la littérature. Cela permet à l’auteur de divertir le lecteur en imaginant toute sorte de stratagème pour arriver à cet astre, pour ensuite l’instruire ou le convaincre, dans un monde fantastique.

1.3 Les connaissances scientifiques de Jules Verne

De la Terre à la Lune est le premier roman où Jules Verne s’intéresse à l’astronomie. Dans le roman, il consacre au moins trois chapitres à faire l’état de ses connaissances de son époque dans les domaines de l’observation, de la sélénographie et des phases lunaires. Pour partager ses connaissances scientifiques et concevoir ses inventions, Jules Verne s’est basé sur des prouesses techniques déjà réalisées et s’est appuyé sur des théories. Faute de formation scientifique, il ne pouvait pas vérifier la vraisemblance de ces théories même s’il pouvait consulter les travaux de vulgarisation de François Arago sur l’astronomie, ou de scientifiques comme le mathématicien Joseph Bertrand ou bien encore de son cousin Henri Garcet, professeur agrégé au Lycée Henry IV.

Une des solutions trouvées par Jules Verne pour rester dans la vraisemblance consiste à reproduire fidèlement les caractéristiques des inventions déjà existantes tout en multipliant la taille et les performances des objets qu’il décrit. Cependant Jules Verne demeure conscient du risque d’erreur et procède avec prudence, soulignant systématiquement le caractère hypothétique de certaines théories.

1.4 Personnages, Suspense, Iconographie dans De la Terre à la Lune

Le monde que décrit Verne est ici entièrement masculin. Il se compose d’anciens combattants, d’ingénieurs et de savants. Les principaux personnages sont le président du Gun-club (entreprise fabricant de l’artillerie lourd ), Barbicane, le Capitaine Nicholl, le français Michel Ardan, ainsi que les membres du Gun-Club.

  • Personnages

barbicane

    • Impey Barbicane, originaire du Nord des Etats-Unis est un personnage taciturne, réservé, d’un sang froid à toute épreuve. Directeur du Gun-club, c’est lui qui lance le projet d’aller sur la Lune. Barbicane est l’homophone du mot anglais « barbican », lui-même du mot dérivé du français « barbacane », et évoque précisèment la capacité du personnage à contenir, à refouler ses émotions tout en présentant une façade sévère et impénétrable. Son prénom, Impey, est aussi celui d’un célèbre géologue, Sir Roderick Impey Murchison (1792-1871), dont le nom a été donné à un cratère lunaire

ardan

    •  Michel Ardan, bien qu’il ne fasse son apparition que très tard, dans la seconde moitié du roman, il le domine dès son arrivée, tant par sa présence physique que par son charisme. Mais si son nom et son caractère sont en hommage  au photographe et ami de Jules Vernes, Nadar, c’est également une allusion à sa nature ardente : « cet homme-là n’avait jamais froid, pas même aux yeux» remarque le narrateur. Jules Verne joue le contraste entre l’ardeur du français et la froideur de son compagnon américain Barbicane.

nicholl

    • Le capitaine Nicholl est un savant originaire de Philadelphie, qui est en rivalité avec Barbicane. Leur rivalité naît du fait que Barbicane a chercher à fabriquer des canons et des boulets de plus en plus efficaces tandis que Nicholl cherche à mettre au point des plaques de métal de plus en plus résistantes aux projectiles. La fin de la guerre ne permet pas à Nicholl de montrer sa dernière invention, et dans sa frustation il cherche à provoquer Barbicane en critiquant son projet dans ses moindres détails. L’intervention du français pour les réconcilier est une nouvelle façon pour l’auteur de montrer que si la guerre crée des rivalités au sein d’un même camp, l’exploration scientifique favorise la collaboration et l’entente. La complémentarité de leurs domaines d’expertise fera merveille dans la construction et l’envoi d’une capsule habitée.
  • Suspense

De la Terre à la Lune est un roman riche en suspense et en rebondissement, notamment à la fin car Jules Verne décide de ne pas nous dire, si ses héros vont réussir à atteindre la Lune. Ce qui a d’ailleurs conduit à l’écriture d’une suite : Autour de la Lune 

  • Iconographie

 Le roman est illustré de gravures en noir et blanc dues aux graveurs François Pannemaker et Doms sur des dessins de Henri de Montaut. On peut en distinguer de quatre sortes : Les portraits, les paysages, les scènes d’action, les illustrations didactiques.

paysage            phase lune                     scene action

1.5 Dimension poétique de Jules Verne

On peut dire que Verne a une dimension très poétique, à travers la création d’espaces qui n’existaient pas avant lui et qui font rêver. Le fait d’envoyer un boulet sur la lune relève du fantastique, de l’iréel. C’est un voyage faisant rêver le lecteur, d’autant plus que la lune est un sujet repris par de nombreux poètes, comme  Victor Hugo avec le poème « Clair de Lune », ou bien même Baudelaire avec « les bienfaits de la Lune ».

De plus, la Lune possède une face cachée non visible de la Terre. Les premiers hommes à l’apercevoir directement furent l’équipage de l’expédition Apollo VIII en orbite autour de la Lune en 1968. Cette face était donc un mystère pour l’Homme du XIXeme siècle, et donc une ouverture pour l’imagination, que Verne a très bien exploité. En effet, à certains moments de l’histoire, les personnages émettent l’hypothèse qu’une civilisation, « les lunatiques » ayant pour langue « le sélénite », pourrait bel et bien exister sur la lune. Cette hypothèse invite le lecteur à imaginer une autre civilisation que celle de la Terre, et à se poser la question «  Est-ce que la Lune est habitée ? » question à laquelle aucun Homme de l’époque peut répondre.

2. Une vision futuriste et son influence

2.1 La vision futuriste

De la Terre à la Lune (1865) est l’archétype de l’œuvre d’anticipation. Pour autant malgré cette affirmation, Jules Verne a-t-il réellement fait preuve d’anticipation, d’extrapolation ou est ce son imagination qui a été rattrapée un siècle plus tard par la réalité ?

De la Terre à la Lune ne manque pas de surprendre le lecteur contemporain. Certes l’histoire ne brille pas toujours par sa vraisemblance. Toutefois, plusieurs points peuvent troubler.

  •   Lancement
    • Point à viser

Dans De la Terre à la Lune, les membres du Gun-Club envoient le projectile sur la Lune en visant le zénith, le point le plus haut dans le ciel, ce qui est le moyen de faire suivre au projectile le trajet le plus cours.

Quelques décennies plus tard, les ingénieurs de la N.A.S.A. ont d’abord envisagé cette solution avant de décider de mettre le projectile en orbite autour de la Terre avant de l’envoyer sur la Lune. En effet, ceci augmente  la vitesse du projectile : c’est l’effet de fronde.

Le point que Jules Verne a choisi de viser aurait pu permettre d’envoyer un projectile jusqu’à la Lune. Toutefois, les scientifiques ont

ensuite trouvé une solution plus ingénieuse.

    • Moment du lancement
  • Pour déterminer le moment du lancement, il faut choisir l’instant auquel la Lune se trouvera dans son périgée, c’est-à-dire la distance minimale sui séparera la Terre de la Lune, mais aussi le moment où elle passera à son zénith. Le zénith désigne le point vertical au-dessus de notre tête.

Si ces deux conditions sont appliquées, la distance séparant la Terre de la Lune sera réduite à 86 410 lieues.

Pour que le projectile atteigne la Lune comme prévu, il faudra que celui-ci soit lancé avec un temps d’avance puisque la Lune se déplace en orbite elliptique. Il devra être lancé 97 heures, 13 minutes et 20 secondes avant l’arrivée de la Lune au point visé.

Aujourd’hui encore, les fusées sont lancées lorsque la Lune est à son périgée, afin de raccourcir la distance à parcourir.

Schéma explicatif :

perigee

 Jules Verne a été relativement visionnaire avec l’aventure Apollo !

Quand l’Homme est allé sur la Lune dans les années 1960, on s’est rendu compte que la description de ce voyage dans De la Terre à la Lune était étonnement proche de la réalité de la mission Apollo. En fait, Jules Verne a travaillé avec un ingénieur qui a effectué des calculs. Dans l’histoire, il a indiqué que le meilleur endroit pour décoller vers la Lune était la Floride à Stone’s Hill, ce qui s’avéra être l’emplacement presque exact de Cap Canaveral où se trouve le plus grand complexe de lancement spatial américain, le Kennedy Space Center.

La carte suivante souligne la proximité de Stone’s Hill et du Cap Canaveral :

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Carte du Territoire de la Floride de l’édition original Hetzel de De la Terre à la Lune

Nous avons analysé les raisons qui ont poussé Jules Verne à lancer son projectile à partir de ce lieu, puis nous les avons comparées à celles du choix du lieu d’implantation du plus grand complexe spatial américain.

Premièrement, pourquoi  Jules Verne a-t-il  lancé son projectile aux Etats-Unis ? Tout simplement parce que déjà au XIXème siècle, les Etats-Unis étaient le pays du progrès, dans lequel  même les projets les plus ambitieux pouvaient être réalisés. Aucun autre pays n’aurait pu être plus propice au développement d’un projet aussi fou que celui d’envoyer des hommes à la conquête de la Lune !

 Ensuite, pourquoi la Floride ? Comme nous l’avons déjà dit, Jules Verne prévoyait que le tir devait être dirigé vers le zénith. Or, il affirme que la déclinaison de la Lune n’est que de 28°, c’est-à-dire qu’elle ne monte au zénith que dans les lieux situés entre 0° et 28° de latitude. Il en a conclu que le projectile devait être lancé dans un lieu possédant une latitude comprise entre 0° et 28°. Peu de territoires des Etats-Unis répondaient à ces contraintes, et Jules Verne n’a choisi Stone ’s Hill que pour des raisons mineures.

Cependant, les fusées ne sont pas lancées en direction du zénith –nous en avons expliqué les causes précédemment-. De ce fait, la localisation du Kennedy Space Center n’a pas été déterminée par les contraintes que s’était imposées Jules Verne.

De nos jours, les zones les plus recherchées pour l’implantation des bases spatiales sont de vastes terrains plats faciles d’accès, relativement isolés pour des raisons de sécurité et le plus proche possible de l’équateur.  En effet, la vitesse de rotation de la Terre est maximale au niveau de l’équateur. Ainsi, plus la base est proche de l’équateur, plus le bénéfice issu de la vitesse de rotation de la Terre est important.

  • Mouvement de la Lune
    • Orbite de la Lune

Dans l’extrait suivant de De la Terre à la Lune, Jules Verne décrit l’orbite de la Lune.

«La Lune ne décrit pas autour de la Terre une circonférence, mais bien une ellipse dont notre globe occupe l’un des foyers ; de là cette conséquence que la Lune se trouve tantôt plus rapprochée de la Terre, et tantôt plus éloignée, ou, en termes astronomiques, tantôt dans son apogée, tantôt dans son périgée. »

De la Terre à la Lune, chapitre 4 : Réponse de l’Observatoire de Cambridge

Nous avons réalisé un schéma de l’orbite de la Lune à partir des connaissances actuelles en astronomie afin de les confronter à ce qu’affirme Jules Verne dans l’extrait précédent.

 Schéma de l’orbite de la Lune :

orbite

L’extrait du roman correspond à notre schéma. Jules Verne décrit donc l’orbite de la Lune avec justesse. Ce mouvement elliptique était déjà connu au XIXème siècle. En effet, en 1609, Kepler publie sa première loi, selon laquelle les planètes décrivent des orbites elliptiques dont le Soleil occupe l’un des foyers. Plus généralement, les scientifiques en ont déduit que la Lune, étant le satellite de la Terre, décrivait elle aussi une orbite elliptique dont la Terre occupait l’un des foyers.

  • Trajet
    • Distance Terre-Lune

Nous avons comparé, sous forme de tableau, la distance Terre-Lune indiquée par Jules Verne dans De la Terre à la Lune et celle mesurée avec précision de nos jours.

Tableau comparatif de la distance Terre-Lune indiquée dans le roman avec celle mesurée de nos jours

Position de la Lune sur son orbite

Distance Terre-Lune indiquée dans la roman

Distance Terre-Lune mesurée de nos jours

Périgée

88 010 x 4 = 352 040 km

365 375 km

Apogée

99 640 x 4 = 398560 km

406 720 km

En confrontant ce qu’affirment les savants de l’Observatoire de Cambridge dans le roman de Jules Verne aux connaissances actuelles, il apparaît que les valeurs indiquées dans le roman pour la distance Terre-Lune sont relativement précises. Toutefois, cette distance avait déjà été estimée depuis plusieurs siècles, plus ou moins précisément. En effet, depuis le IIIème siècle avant J.-C., plusieurs méthodes ont permis d’estimer de plus en plus précisément la distance Terre-Lune.

    • Durée

La durée du trajet décrit par Jules Verne est de 97 heures et 20 minutes. La mission Apollo 8, première mission spatiale habitée vers la Lune au cours de laquelle, comme dans Autour de la Lune (suite de De la Terre à la Lune), les passagers ne se posent pas sur la Lune, a duré 147 heures.

Jules Verne ayant tenu compte de la distance Terre-Lune et des possibilités techniques, la durée du trajet qu’il indique est relativement proche de celles des trajets qui ont été effectués sur une trajectoire relativement similaire à ce jour.

  • Projectile
    • Forme

Le projectile imaginé par Jules Verne a une forme cylindro-conique, pratique pour y loger trois passagers et aérodynamique, ce qui facilite la traversée de l’atmosphère terrestre. Il mesure 12 pieds de haut, 108 pouces de diamètre, soit 2 m 74 cm , et a une épaisseur de 12 pouces soit 30 cm.

 Illustration de l’édition originale Hetzel de De la Terre à la Lune montrant une vue extérieure du projectile achevé :

obus

L’ensemble des vaisseaux Apollo étaient intégrés à des fusées construites sur le modèle Saturn V. Sa forme est encore plus aérodynamique que celle du projectile de Jules Verne et ses dimensions sont bien plus spectaculaires. Il mesure 110 m 60 de haut et 10 m 10 de diamètre.

 Photographie d’une fusée correspondant au modèle Saturn V :

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Le projectile de Jules Verne présente une forme relativement proche de celle des fusées des missions Apollo. Toutefois, sa forme est moins aérodynamique et ses dimensions beaucoup plus modestes.

    • Matière

Un autre bon exemple de prospective : l’aluminium. A l’époque, ce matériau est nouveau, c’est encore un produit de laboratoire connu de peu de personnes. Son ami le savant Henri Etienne Sainte-Claire Deville est celui qui a isolé l’aluminium en laboratoire et qui a lancé sa première utilisation industrielle en 1860. Verne discute avec Deville qui croit beaucoup (et avec raison ) à l’avenir de l’aluminium, surtout à dans des applications qui requièrent de la légèreté, ce qui sera plus tard l’aéronautique et le spatial. Dès lors, Verne décide tout seul que l’obus qui amènera ses astronautes romanesques sur le Lune sera en aluminium.

En revanche le boulet de Jules Verne est entièrement en aluminium alors que les fusées de nos jours n’en sont composées qu’en partie. De plus, elles sont bien plus résistantes que le boulet de Jules Verne, qui aurait dû être détruit à plusieurs reprises au cours du voyage.

  •  Observatoire
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Le télescope des montagnes rocheuses

Là où Verne a été un visionnaire c’est lorsqu’il a considéré dès 1860 que ce serait les Américains qui iraient en premier sur la Lune et que cette conquête viendrait de la guerre. Verne estimait que la guerre de Sécession ferait faire un bond en avant à la recherche balistique. Or, il se trouve que ce sont bien les Américains qui ont beaucoup investi dans la recherche techno-scientifique militaire, et ont effectivement acquis, par la même occasion, les moyens technologiques pour voyager sur le Lune. Ensuite, c’est bien la deuxième Guerre Mondiale qui a déclenché une course à l’armement et aux missiles intercontinentaux. C’est donc cette recherche dans l’armement qui a permis de mettre au point la technologie spatiale des années soixante, les fusées lunaires et la série Apollo.

La grande erreur de Jules Verne a été de croire qu’on pourrait aller sur la Lune avec un obus sous forme d’artillerie et qu’un seul coup de canon pourrait donner toute l’impulsion nécessaire. Scientifiquement, c’est tout à fait erroné, l’obus lui même serait écrasé sous le choc ainsi que tous ses passagers. La seule option, c’est de donner une poussée progressive à une forme de fusée et non d’obus. En revanche d’un point de vu littéraire tout est possible…

2.2 Influence de Jules Verne dans la littérature

Jules Verne est donc sans aucun doute le précurseur du projectile habité : un obus en aluminium, de forme cylindro-conique, habité par trois personnes, lancé vers la Lune par la Colombiad, dans un canon géant. Le site et la date du lancement sont soigneusement étudiés par Jules Verne, ouvrant la porte à de nombreux futurs voyages. Jusqu’en 1925, plusieurs écrivains vont utiliser le même principe, avec des modifications plus ou moins originales.  Le projectile devant présenter un confort parfois succinct, passe d’un simple obus à un véritable train. Pierre de Sélènes réutilise la Colombiad et le projectile de Verne, acheté aux enchères publiques, pour le renvoyer sur la Lune dans son livre Un monde inconnu, deux ans sur la Lune, 1886. L’Ossipof est également un wagon-obus mais fabriqué dans un alliage particulier et lancé à partir d’un volcan, dans Les aventures extraordinaires d’un savant russe, de Graffigny, 1889.

15356« Sous l’indescriptible poussée de plusieurs millions de mètres cubes de gaz souterrains, le projectile quittait, dans un nuage de feu, le cratère du Cotopaxi et traversait, en moins de cinq secondes, toute l’atmosphère terrestre. »

Les aventures extraordinaires d’un savant russe, 1889.

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En 1901, le livre Les premiers Hommes dans la Lune, de H.G. Wells, et en 1902, le film Le voyage dans la Lune de George Méliès (Voir vidéo) s’inspire du roman de Jules Verne.wells

C’est également à bord de projectiles tirés par un immense canon que les martiens de Wells arrivent sur Terre dans La guerre des mondes, 1897. Le Cosmos du Docteur Omega est amélioré puisqu’il est recouvert de métal « anti-G », appelé « répulsite » et sert un usage multiple, dans l’espace mais aussi sur le sol de la planète Doctor Omega, aventures fantastiques de trois Français dans la planète Mars, 1906.5302

« […] nous partirons dans un obus…
— Comme les héros de Jules Verne ?
Le docteur Omega haussa les épaules.
— Je vous parle sérieusement, dit-il… Vous n’allez pas comparer au nôtre un voyage imaginaire ?… La conception de Jules Verne était purement hypothétique, tandis que la mienne …   […]   — Voyez, me dit le savant…voici notre véhicule… il aura 13 mètres de long sur 3 de diamètre… mais il ne sera pas seulement obus-projectile, il sera tour à tour sous-marin et automobile. »

Doctor Omega, aventures fantastiques de trois Français dans la planète Mars, 1906.

L’idée d’un obus n’est pas complètement abandonnée : en 1956, Stefan Wul imagine que la Lune serve de bagne, et que les condamnés terriens y sont envoyés dans un scaphandre de forme ovoïde propulsé par un tube à vide, moyen presque plus primitif que l’obus de Verne (Wul, Retour à O, 1956).

On sait pertinemment que l’expérience de Jules Verne n’est pas techniquement possible, que certaines conditions ont été ignorées. Mais utiliser un canon pour propulser un obus spatial parait si « abordable », si connu, qu’une porte s’ouvre dans l’imaginaire de la science-fiction. Et chaque roman apporte un élément supplémentaire, nouveau ou aberrant, qui autorise à croire, enfin, que les voyages dans l’espace sont possibles. Ce qu’on demande à un roman d’aventures, ce n’est pas la précision technique, c’est l’imagination. Dans l’aventure spatiale, qui reprocherai à Verne d’en avoir manqué.

 3. La fusée de Jules Verne

  À cette époque, l’idée de fusée n’avait pas encore effleuré l’esprit des scientifiques. Le seul moyen encore trouvé pour donner à un projectile, le boulet, une vitesse assez élevée pour atteindre la Lune était le canon.

Observons les différents paramètres intervenant dans la propulsion de le boulet par le canon, et l’application de la 3eme loi d’ Isaac Newton sur le principe des interactions dans ce lancement.

3.1 Le boulet

Jusque là utilisé comme arme pour détruire, le boulet devient dans l’oeuvre de Jules Verne « le boulet ambassadeur ». C’est l’ambassadeur terrestre sensé ouvrir un communication avec les Sélénites. Dans le chapitre 1 (« l’hymne du boulet »), Barbicane considère son boulet comme la représentation de la puissance humaine (« Le boulet est pour moi la plus éclatante manifestation de la puissance humaine », « c’est en lui qu’elle se résume tout entière ; c’est en le créant que l’homme s’est le plus rapproché du Créateur »).

  • Matière du boulet

Les membres du « Gun Club » lors de leur réunion étaient partis sur un boulet en fonte (fer + carbone). La fonte est effectivement connue pour sa solidité, mais aussi pour son poids et sa densité très élevée. Le but étant d’imprégner un objet une vitesse initiale suffisante pour faire un voyage jusqu’à la Lune, qui se trouve à une distance de 384 302 km de la Terre. Il serait donc plus intéressant de choisir un objet possédant une masse la plus faible possible. Mais comment aligner solidité ( car un objet peu solide doté d’une vitesse extrêmement rapide pourrait prendre feu et se détruire au moment du décollage ou lors du dépassement de l’atmosphère terrestre), légèreté et esthétisme ? Oui, esthétisme car rappelons le, ce boulet est l’ambassadeur de la puissance terrestre.

Cette description d’un métal parfait se rapproche le plus de l’aluminium. En effet, l’aluminium possède une densité de 2,7 g/cm³ alors que celle de la fonte est de 7,3 g/cm³, tout en restant aussi solide. Le seul inconvénient reste son coût élevé. À ce sujet, Barbicane prévoie une campagne de publicité et une demande de fonds pour financer son projet. Ainsi l’aluminium fut choisi à l’unanimité.

  • Forme du boulet

Parti sur un boulet rond, le forme change au court du roman, car un des personnages propose de partir dans le boulet pour être le premier homme à aller sur la Lune. Il adopte alors une forme d’obus : vide, en aluminium, auquel il va falloir imprégner une vitesse suffisante pour parcourir la distance Terre-Lune.

3.2 Le canon 

 Ainsi, nous allons parler du canon. Ce n’est pas le basique canon à main qu’utilisaient les soldats lors de guerre, ni les canons sur les bateaux pirates. Là on parle d’un canon capable d’accueillir un obus d’environs 3m de diamètre et de minimum 5m de hauteur. Obus possédant au passage un poids supérieur à 100 tonnes. Ce canon sera impossible à déplacer car il sera construit à même le sol. Les travaux pour créer ce canon consistent à creuser une sorte de puis dans lequel sera installé le canon.

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3.3 La poudre

 Maintenant, la poudre ! Le canon et l’obus sont inutiles s’il n’y a pas de propulseur. Ce propulseur c’est la poudre.

Le principe du canon consiste à placer dans ce qu’on appelle une chambre à poudre, située au fond du canon sous l’obus, une grosse quantité de poudre. La poudre est un mélange chimique de souffre, de salpêtre et de charbon de bois. Lorsque l’on approche une source de chaleur la poudre s’enflamme. Cette poudre contient à la fois un combustible et un comburant. Le comburant est le salpêtre qui libère de l’oxygène au cours de la réaction, venant oxyder les combustibles. La déflagration produite par celle-ci lors de la combustion est telle qu’elle pousse l’obus vers le haut à une vitesse impressionnante. L’obus reste quelques instants dans “l’âme du canon“ qui lui permet de garder sa trajectoire.

C’est ce que nous explique notre chère Isaac Newton dans sa troisième loi du mouvement :

Lorsqu’un solide S1 exerce une force sur un solide S2, le solide S2 exerce sur le solide S1, la force directement opposée.

Pour cet exemple, la force exercée par le solide S1 sur le solide S2 serait la force exercée par la détonation de la poudre sur le boulet. Ce même boulet exercerait la force inverse sur le gaz relâché lors de la détonation, c’est à dire que si il n’y avait pas de d’obus donc pas de force inverse exercée, le canon lors de la détonation cracherait du feu et le gaz partirait du canon.

Ainsi, dans son oeuvre Jules Verne propose au monde son idée sur la question d’un voyage possible sur la Lune.

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