De Jules Verne à Hergé

1. La Fusée et le Boulet

Les scientifiques du roman de Jules Vernes, suivant le principe de la balistique, sont persuadés que le seul moyen d’aller sur la Lune est d’envoyer un énorme projectile, à l’image des boulets de canon. En revanche dans l’oeuvre d’ Hergé, publié presque 1 siècle plus tard, le moyen d’aller sur la lune est le lancement d’une fusée, et non l’éjection d’un boulet . Cette différence du choix du moyen de transport s’explique par le fait qu’environ un siècle sépare l’écriture des deux œuvres, et qu’en un siècle, de nombreux progrès techniques et scientifiques ont été réalisés.

À l’intérieur du boulet, les trois hommes ne disposent que d’un petit espace pour vivre, cette espace s’apparente à un salon : on peut voir un divan, une bibliothèque, une lampe, chose qu’on ne verrait pas dans une fusée. Les trois voyageurs vont donc partir pour une expédition de plusieurs jours dans l’espace sans prendre avec eux d’appareils pour calculer la vitesse, la température extérieure ou même une commande permettant de diriger la direction de la capsule : le projectile pourrait donc rencontrer des obstacles et mettre en péril l’équipage. Les personnages partent sans crainte pour une très longue expédition, avec aucuns moyens pour se mettre en sécurité.

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Contrairement à Jules Verne, Hergé a lui une fusée quasiment complète, avec plusieurs étages, dans lesquels on trouve des salles dédiées à la vie quotidienne, un poste de pilotage constitué principalement d’appareil de contrôle de la fusée, des appareils d’observations, et même un laboratoire. Les salles de la fusée possèdent même des régénérateurs d’oxygène indispensable à la survie des cosmonautes.

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2. Idées communes et différentes

Bien que séparées de près d’un siècle, ces deux œuvres ont un thème commun : le voyage vers la Lune. On retrouve de nombreuses similitudes et différences, littéraires et scientifiques, entre les deux œuvres.

Pour commencer l’univers des deux histoires est essentiellement masculin. Les auteurs, à ces époques où les femmes n’avaient pas les mêmes droits que les hommes, décident que les femmes n’ont rien à faire dans un projet aussi conséquent d’un point de vue scientifique. Les deux œuvres possèdent d’autres similitudes telles que : l’existence d’une suite de chacune d’entre elles, qui relance le suspense du lecteur. Les deux histoires se finissent d’ailleurs exactement à la même étape du voyage : leurs moyens de transport s’élancent dans le ciel et seul la suite nous dira comment s’est déroulé ce voyage ainsi que les premières impressions des héros. De plus, il est intéressant de remarquer la présence d’iconographie, évidente dans la bande-dessinée de Hergé, mais moins dans le roman de Jules Verne. Ces iconographies servent à illustrer les données scientifiques pour mieux les expliquer aux lecteurs. La notion du rêve est également traitée dans ces deux œuvres. En effet, le voyage spatial tient plus de l’imaginaire que du réel aux époques des deux auteurs, ce rêve est plus marqué chez Jules Verne mais toujours présent à l’époque de Hergé. Les personnages sont fascinés par notre satellite, la Lune, et les auteurs sont futuristes et avancent les premières impressions des astronautes, pour le plus grand plaisir des lecteurs. Finalement, un des personnages centraux du roman de Jules Verne, le français, Michel Ardan, possède les mêmes caractéristiques de la personnalité du héros de Hergé : Tintin. Les deux personnages sont charismatiques, intrépides, courageux et n’ont pas froid aux yeux.

On observe également des similitudes au niveau scientifique, tel que le traitement, très proche de la réalité, du voyage spatial et des réactions des différents passagers. Les deux auteurs se basent également sur les travaux des scientifiques de leurs époques ainsi que de l’aide de certains scientifiques eux même.

Même si les similitudes sont nombreuses, les différences liées aux époques différentes des deux auteurs sont également omniprésentes.

Pour commencer, la réaction des personnages lors de l’annonce du projet de voyage spatial est traitée différemment. Pour Jules Verne, les personnages sont enthousiastes, heureux mais le projet de Barbicane leur paraît tout à fait normal. Hergé, lui, fait réagir Tintin et Haddock d’une manière tout à fait différente, les héros ne peuvent croire à un tel projet et son très surpris par l’annonce de la nouvelle. Les époques différentes creusent bien l’écart entre les deux œuvres. Alors que Jules Verne, aidé des connaissances scientifiques de son époque traite son voyage d’une manière futuriste, et on peut même dire que son livre appartient au genre de la science-fiction. Hergé, lui, fort des nombreuses connaissances de son époque est plus proche du réel et se place plus dans le présent.

Paradoxalement, dans le contexte de la conquête spatiale à l’époque d’ Hergé, Jules Verne qui n’avait aucune idée du pays le plus susceptible d’envoyer des hommes sur la Lune en premier, choisit comme pays précurseur  les Etats-Unis d’Amérique ce qui va se révéler être exact le 20 juillet 1969. Hergé, lui, alors que plus proche de l’opération, ne veut pas s’avancer et utilise comme pays, un pays imaginaire : la Syldavie. Pour finir, alors que Jules Verne propose trois chapitres de données scientifiques brutes, Hergé choisit de traiter ces informations pour les rendre moins pesantes en ajoutant des touches humoristiques.

Pour ce qui est des données scientifiques, les différences sont également liées à l’avancée des recherches au fil du temps. L’idée de Jules Verne de se servir d’un boulet de canon comme vaisseau spatial n’est plus du tout d’actualité à l’époque de Hergé, qui lui se sert d’une fusée avec un moteur et une technologie bien plus précise. Pour ce qui est du temps du voyage, Jules Verne propose le trajet en 97 heures et 20 minutes comme indiqué dans son titre. Hergé, lui, réduit ce temps à 4 heures et malgré les précisions des données réelles à l’époque de Tintin, Verne est le plus proche car le voyage réel va durer environ trois jours. Pour finir, la technique de Jules Verne pour faire passer ses inventions pour des inventions réelles, est de se servir de machines existantes et de décupler leurs tailles et leurs puissances afin de s’en servir pour aller sur la Lune. Les scientifiques à l’époque d’ Hergé avaient une idée bien plus précise de la question, et ce dernier se sert d’inventions réelles capables d’aller sur la Lune.

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